création en cours

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Les statues meurent aussi 

(création 2019-2020)

5 danseuses
« C’est que le peuple des statues est mortel, un jour leur visage de pierre, se décomposent à leur tour. Une civilisation laisse derrière elle ses traces mutilées comme les cailloux du petit poucet mais l’histoire a tout mangé. Un objet est mort quand le regard qui se posait sur lui a disparu ». Chris Marker.
https://www.youtube.com/watch?v=OoyCXA8eTf0
« Le décor de la jeunesse olympique est constitué de deux sortes de matériaux, la pierre et la lumière. La pierre dont le stade est entièrement construit joue un rôle particulier dans l’idéologie Nazie. Matériau noble, il incarne l’éternité, il est l’élément essentiel des réalisations architecturales du Troisième Reich et des projets mégalomanes commandés par Hitler à Albert Speer. Pour répondre à la fascination du Führer pour les ruines Gréco-romaines, l’architecte invente la Théorie de la valeur des ruines, qui permet de penser la construction des monuments du régime en terme de ruines futures, symboles de la grandeur éternelle de la civilisation allemande. L’utilisation de la pierre signifie le refus d’introduire le progrès industriel dans l’architecture. » Laure Guilbert. Danser sous le troisième Reich.

Le titre du projet Les statues meurent aussi fait directement référence au film de Chris Marker (1921-2011) censuré pendant 11 ans pour son anti-colonialisme. Il questionne la séparation des œuvres par origine entre le Musée du Louvre et le Musée de l’Homme et rappelle la fragilité de ce qu’elles transmettent. Les statues meurent lorsqu’on ne les regarde plus ou qu’elles sont décontextualisées.

Pour d’autres, les statues représentent les fourvoiements de l’histoire qui se perpétuent et se renforcent. Péril double et dilemme de la mémoire de ce que les formes se perdent délaissées, placées en vitrine ou détournées de leurs intentions premières.

Les statues meurent aussi sonne alors à la fois comme une mise en garde et un encouragement de Chris Marker à réinterpréter les œuvres dans une démarche d’histoire culturelle.

La résidence subventionnée par le Ville de Paris à Micadanses en 2017-2018 a permis à Aurélie Berland de commencer son processus de création par un travail de recherche autour de différentes modernités en danse en explorant les travaux de Rudolf Laban et de son élève Igmar Bartenieff ainsi que des oeuvres du répertoire allemand, américain et français entre 1936 et 1946. Elle a trouvé en la personnalité de Karin Waehner (1926-1999), une passeuse de cet héritage en France qui vient en donner une synthèse géniale en 1963 dans son solo L’Oiseau-qui-n’existe-pas.

Ainsi la résidence s’est articulée entre le travail de composition à partir des recherches de Rudolf Laban et Igmar Bartenieff et celui de reconstructions : deux pièces du répertoire de Karin Waehner (L’oiseau-qui-n’existe-pas (1963) et Sehnsucht (1981)) et celles des pédagogues dont cette dernière a reçu l’enseignement : Mary Wigman, Etienne Decroux, Martha Graham et Doris Humphrey. Ces reconstructions entre la danse moderne allemande, le mime français et la danse moderne américaine ont été présentées dans un même programme le 13 juin 2018 à Micadanses.

https://vimeopro.com/ciegramma/aurelie-berland (mot de passe :gramma)

La création Les Statues meurent aussi suivra la chronologie de 1936 à 1963, de la germination des héritages à la compilation d’œuvres qui les représentent jusqu’à leur synthèse en proposant cinq parcours différents, pour chaque danseuse selon des modes d’appropriation définis dans une partition ouverte, offrant ainsi un point de vue synchronique et diachronique.

Les 5 danseuses traverseront cette structure prévisionnelle comme une genèse imaginaire de cinq oiseaux-qui-n’existent-pas.